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SONDAGE SUR LES PESTICIDES

Un agriculteur sur cinq intoxiqué

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serge giard

Saint-Hyacinthe, le 19 février 2025 – Ce matin, lors du colloque annuel de l’Union des producteurs agricoles (UPA) en lien avec les pesticides, étaient dévoilés les résultats d’un sondage inédit (1) mené par Victimes des pesticides du Québec (VPQ) avec la collaboration de l’UPA. 

Ce sondage, envoyé à l’ensemble des membres de l’UPA, a été réalisé en 2023 dans l’objectif principal de « dresser un portrait de la situation pour contribuer à définir les besoins d’accompagnement des agriculteurs et agricultrices exposé·es aux pesticides et à déterminer des actions nécessaires ». 

Serge Giard, producteur en grande culture à la retraite et lui-même atteint de la maladie de Parkinson en lien avec son utilisation des pesticides, président de VPQ, inaugurait ce colloque. 

Dans ce sondage on apprend qu’un agriculteur répondant sur cinq dit avoir subi une intoxication aiguë (2) ou grave (3) durant sa pratique. Dans les deux cas, plus de  97% n’ont donc pas été déclarés à Santé Canada ou au centre antipoison.

« Les agriculteur.rice.s sont les premières victimes de la surutilisation des pesticides : ils sont intoxiqués, tombent malades et cela est trop rarement répertorié, rendant invisible ce problème pourtant bien réel », indique Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM

 

Une diminution attendue depuis 30 ans 

Depuis 1992, aucune stratégie ou politique gouvernementale n’a réussi à réduire la vente des pesticides. Ce constat, déjà souligné par le commissaire au développement durable dans son rapport de 2016 (4), demeure d’actualité. Selon les données les plus récentes, les ventes de pesticides au Québec restent à des niveaux records en 2021 et 2022 (5).
 

« Tant que le gouvernement du Québec continuera à laisser trop de place aux lobbys des pesticides, leurs ventes et leurs impacts continueront à augmenter », explique M. Rehn. « Quand le gouvernement caquiste va-t-il enfin moderniser la loi sur les agronomes —  en y incluant la séparation de la vente de la prescription agronomique comme promis en 2022 ? »


Pas reconnu et pas pris en charge

En 2019, le gouvernement du Québec emboitait le pas à la France et reconnaissait la maladie de Parkinson comme une maladie liée à l’utilisation des pesticides, un premier pas dans la bonne direction (6). Cependant, la synthèse issue des travaux du groupe d’experts réunis par l’Inserm (7) sur laquelle cette décision s’est basée montrait des liens de présomption de maladie tout aussi forts pour d’autres pathologies comme le myélome multiple, le lymphome non hodgkinien (LNH) ou le cancer de la prostate.
 

« Il est difficile de comprendre la logique du gouvernement derrière cette prise de décision, qui devant les évidences de la science, restreint son choix à une seule des pathologies présentées », s’interroge Thibault Rehn. 


Vigilance OGM appelle le gouvernement à mettre à jour la liste des maladies professionnelles liées aux pesticides et à revoir sa copie en ce qui a trait aux conditions encadrant la reconnaissance de ces maladies professionnelles. 
 

« Aujourd’hui, il n’y a à peu près aucun agriculteur ou agricultrice qui a vu sa maladie de Parkinson reconnue comme maladie professionnelle : c’est honteux. On ne peut pas faire des annonces creuses sur le dos des malades et de leurs familles », s’indigne-t-il. 

 

Les femmes enceintes exposées

Dans le sondage dévoilé, on apprend que parmi les répondantes, une agricultrice sur cinq dit avoir été exposée aux pesticides durant la grossesse, alors que la période prénatale est cruciale pour le développement du fœtus (8). 
 

« Ce constat soulève de graves inquiétudes quant aux risques pour la santé maternelle et fœtale. Plusieurs pesticides sont connus pour accroître le risque de complications de grossesse. Ces substances ont aussi des effets à plus long terme qui affectent négativement le développement des enfants, comme un risque accru de déficit d’attention et d’autres problèmes cognitifs », explique Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS (Institut national de la recherche scientifique)

 

« Cela souligne la nécessité d’une meilleure protection des travailleuses agricoles contre les effets toxiques de ces substances afin de protéger la santé des générations futures », conclut-elle. 

 

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Laure Mabileau - 438 395-6121 - communication@vigilanceogm.org

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> AVIS MÉDIA

(1) Site web de VPQ : Savoir pour agir - Sondage inédit sur l'exposition aux pesticides des agriculteurs·trices québécois·es, consulté le 19 février 2025
(2) Intoxication légère : irritation des voies nasales, de la gorge, des yeux ou de la peau, maux de tête, étourdissements, perte d'appétit, soif, nausées, vomissements, diarrhée, insomnie, grande faiblesse, tremblement, incoordination motrice, confusion, …
(3) Intoxication grave : incapacité de respirer, sécrétions abondantes dans les voies respiratoires, rétrécissement des pupilles, brûlures chimiques sur la peau, augmentation du rythme respiratoire, perte de réflexes, secousses musculaires non contrôlées, perte de conscience,
(4) PDF : Pesticides en milieu agricole, Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2016-2017
(5) « Les ventes de pesticides se maintiennent à un niveau record », Sarah R.Champagne, Le Devoir, le 7 mai 2024 
(6) « Québec reconnaît le lien entre les pesticides et la maladie de Parkinson », Thomas Gerbet, Radio-Canada, le 30 mars 2021 
(7) Rapport d'expertise de l'Inserm: Pesticides et effets sur la santé - Nouvelles données, 2021
(8) COUNCIL ON ENVIRONMENTAL HEALTH, James R. Roberts, Catherine J. Karr, Jerome A. Paulson, Alice C. Brock-Utne, Heather L. Brumberg, Carla C. Campbell, Bruce P. Lanphear, Kevin C. Osterhoudt, Megan T. Sandel, Leonardo Trasande, Robert O. Wright; Pesticide Exposure in Children. Pediatrics December 2012; 130 (6): e1757–e1763. 10.1542/peds.2012-2757