Soya

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1. Le soya c’est quoi ?

 

Le soya est une espèce de plante annuelle de la famille des légumineuses, originaire d'Asie de l'Est où il est cultivé depuis plus de 5000 ans. Le soya est classifié comme un oléagineux. Ces graines sont naturellement riches en protéine et en huile et sont utilisées autant dans l'alimentation humaine: tofu, lait, tempeh… que pour l’alimentation animale: farine ou tourteau. Avec une teneur en protéines brutes de l'ordre de 45 %, le soya présente un intérêt évident dans l'alimentation du bétail, en particulier celui nourri à partir de maïs-grain, 2ème culture GM au monde, qui est naturellement assez pauvre en protéines. Les dérivés du soya (huile, lécithine) sont utilisés dans de nombreuses produits transformés.

2 grandes variétés de soya


Il existe de nombreuses variétés de soya, elles se différenciant notamment par la couleur des graines, ou la période de floraison. Les variétés de soya à destination des animaux sont majoritairement des variétés dites noires ou sombres et sont majoritairement génétiquement modifiées (GM). Tandis que les variétés à destination de l’alimentation humaine sont dites jaunes ou claires et sont majoritairement non-GM. Cependant en l’absence d’étiquetage obligatoire des OGM, il est difficile de savoir si le tofu ou lait de soya est GM.

 

2. Qui produit du soya GM ?

 

En 2016, la moitié des cultures génétiquement modifiées (GM) dans le monde étaient du soya, soit 91,4 millions d'hectares. (1) Le soya est la plante GM par excellence, ainsi, environ les 3/4 du soya dans le monde sont GM. (2). Sans surprise, ce sont 4 des 5 grands producteurs mondiaux d’OGM qui produisent la majorité du soya GM. En 2016, les plus gros producteurs étaient par ordre décroissant: le Brésil (32,7 millions d'hectares), les États-Unis (31,8), l’Argentine (18,7), le Paraguay (3,2), le Canada (2,1), l’Uruguay (1.2) et la Bolivie (1.2).

Au Québec


Le Canada est le 4ème plus gros producteur mondial d’OGM dans le monde. Le Canada est un véritable leader depuis l’arrivée des cultures OGM il y a plus de 20 ans, sa législation est très permissive et non transparente. En 2017, les surfaces ensemencées de culture GM au Québec ont atteint un record de 590 000 hectares soit une augmentation de 15 % par rapport à 2016.


Cette forte augmentation est due à l’augmentation des cultures se soya. En effet, c’est  la première fois que les superficies de soya au Québec dépassent les superficies de maïs grain, respectivement 398 000 hectares de soya contre 380 000 hectares de maïs grain. Le pourcentage de culture de soya GM sur la totalité du soya cultivé au Québec, a quant à lui, légèrement augmenté passant de 64,6 % en 2016 à 66,6 % en 2017.


Ainsi, il y a plus de 2 chances sur 3 qu’un champ de soya soit GM au Québec.

 

3. Pourquoi on le modifie ?

 

Vingt ans après leur arrivée sur le marché du soya, 100 % des cultures GM sont créés pour tolérer des herbicides tels que l’herbicide à base de glyphosate (le RoundupReady de Monsanto) ou de glyphosinate (Liberty Link) (1). Soit le soya est génétiquement modifié pour tolérer uniquement des herbicides, c’est à dire 74,4 % des cas (soit 68 millions d'hectares), soit il est génétiquement modifié pour combiner une tolérance aux herbicides et une résistance aux insectes, dit caractères empilés, ce qui représente 25,6 % des cas avec 23,4 millions d'hectares. Ces dernières semences sont vendues sous le nom Intacta™ Roundup Ready™ 2 Pro.

 

Le soya n’est donc pas modifié pour profiter aux agriculteurs ou aux consommateurs, ni pour nourrir le monde, mais bien pour tolérer des herbicides.

 

Dans le cas du soya, les mêmes mouvements sont observés que dans les autres grandes cultures GM, c'est-à-dire une tendance à la baisse pour la culture de plantes tolérantes aux herbicides et une augmentation des caractères empilés (1).

Le Canada a été, en 2012, le premier pays au monde à approuver du soya tolérant le dicamba (Monsanto) et le 2,4-D (Dow AgroSciences). Depuis 2 ans, un nouveau type de semences de soya GM,  les soyas Roundup Ready 2 XtendMD de Monsanto, est donc arrivé sur le marché, tolérant donc les herbicides à base de glyphosate, mais aussi le dicamba, un «vieil» herbicide résiduel à large spectre.

 

 

4. Problématiques


Dépendance aux pesticides


L’utilisation répandue des cultures de soya résistant aux herbicides a engendré le développement de résistances et l’apparition de «super mauvaises herbes». Cela représente un véritable cercle vicieux pour l’utilisation des pesticides, dont les impacts sont importants pour l’environnement et pour les agriculteurs. La stratégie de l’industrie pour répondre à ces «super mauvaises herbes» consiste essentiellement à commercialiser de nouvelles cultures GM résistantes à d’autres herbicides, tels que le 2,4-D et le dicamba. Ces nouvelles variétés ne manqueront pas d’augmenter, à moyen terme, l’utilisation de dicamba ou du 2-4 D comme cela a été le cas avec les pesticides à base de glyphosate.

Les malherbologistes considèrent que les nouvelles cultures tolérantes aux herbicides n’auront qu’une utilité restreinte car il existe déjà de nombreuses mauvaises herbes résistantes à ces anciens herbicides. Il existe seize espèces de mauvaises herbes résistantes au 2,4-D dans le monde (dont quatre aux États-Unis et deux au Canada) (3), et six résistantes au dicamba (dont deux aux États-Unis et deux au Canada). Selon les scientifiques canadiens Hugh Beckie et Linda Hall, «les cultivars possédant des caractères empilés de tolérance aux herbicides (ex. glyphosate, glufosinate, dicamba ou 2,4-D) permettront une protection de courte durée contre les mauvaises herbes RH, mais perpétueront l’usage des intrants chimiques et le phénomène de sélection menant à l’émergence de mauvaises herbes capables de résister à plusieurs herbicides.» (4) En 2012, le commissaire à l’environnement de l’Ontario a publié une analyse qui parvenait à la conclusion suivante: «Si ces nouvelles plantes GM sont approuvées au Canada, l’Ontario pourrait assister au cours des prochaines années à une augmentation des applications de 2,4-D dans les champs.» (5)


Déforestation


Comme on l’a vu le Brésil est le plus grand producteur mondial de soya GM. En 2006, la culture du soya était responsable de 30 % de la déforestation en Amazonie brésilienne (3). En effet, entre 2000 et 2010, 24 millions d’hectares de forêts, de savanes et de prairies ont été convertis en pâturages pour le bétail, puis par la suite le soya y a été cultivé. Cette expansion de la production de soya s’est faite au détriment d’écosystèmes et impacte par conséquent la faune sauvage, mais aussi les populations locales qui y vivent.(4) La culture du soya provoque aussi des conflits entre les petits exploitants et les grands propriétaires, lesquels utilisent des méthodes de culture hautement mécanisées et demandant peu de main-d'œuvre.

La région du Cerrado est actuellement le principal front de déforestation d’ Amérique du Sud et l’expansion de la culture du soya y est responsable de 66% des surfaces converties. (4). Sachant que le Cerrado abrite 5% des espèces de la planète, la déforestation menace la biodiversité. Les populations sont aussi impactées, à travers l’accaparement des terres, la récurrence des conflits entre producteurs de soya et communautés, ainsi que la pollution aux pesticides qu’engendre la culture intensive du soya GM. Cette déforestation a aussi un effet mondial important sur les changements climatiques puisque l’on considère qu’environ 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont dues à la déforestation (5).

Contamination


Le soya est considéré comme une plante à faible risque de contamination dans le champ,  compte tenu de son faible taux de pollinisation croisée. En effet, «le soya est une espèce végétale presque exclusivement autogame, c'est-à-dire que le pollen dans une fleur pollinise le stigmate de cette même fleur. Le pollen se libère habituellement lorsque la fleur est encore fermée, ce qui diminue l’échange de matériel génétique entre les plants et, par conséquent, le taux de pollinisation croisée».(6) Il est donc encore possible de maintenir deux filières GM et non GM dans le cas du soya et ainsi éviter les impacts négatifs pour les agriculteurs, particulièrement en régis biologique.

 

(1) James, C. (2016). Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops: 2016. ISAAA brief No. 52. International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA): Ithaca, NY. (en ligne)
(2) (Données 2014 de FAOSTAT, 2017).
(3) Le Dessous des cartes, Amazonie, Le poumon de la planète , ARTE, 2017 . (en ligne)
(4) Le soja, de la conversion d’écosystèmes en Amérique latine jusqu’aux produits animaux que nous consommons, WWF France, janvier 2017. (en ligne)
(5) Rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur l’atténuation des changements climatiques, 2014. (en ligne)
(6) Enjeux et approches concernant l’atténuation des risques liés à la présence adventice de produits génétiquement modifiés dans les cultures biologiques au Canada, Eco-Ressources Consultant, Juin 2012.

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